Biographie

Linstable photographie

           Créteil, c’est dans cette ville de la banlieue sud que j’ai fait mon apprentissage de la vie. Débrouillard et rêveur à la fois, j’ai slalomé entre l’école, où je ne me sentais pas à ma place, et les bâtiments des différents quartiers de la ville que je connaissais par cœur. La nuit, je sortais souvent en cachette pour rejoindre les quelques potes couches tard de la tour voisine avec qui j’aimais refaire le monde. Solitaire à mes heures, j’arpentais inlassablement les rues quand même les plus téméraires étaient rentrés dormir.

J’ai finit par décrocher un bac littéraire pour faire honneur à mes parents, car chez moi, « la famille est sacrée ». Après un an de fac de psycho, j’ai arrêté les études sur un coup de tête. Mon père et ma mère ne badinent pas avec certains principes et il était hors de question que je dorme quand ils partaient travailler. J’ai alors enchaîné toutes sortes de boulots, laissant de moins en moins de place aux petites combines. J’avoue m’être attelé à la tâche sans la moindre saveur mais je suis sûr que c’est cela qui m’a évité de prendre un mauvais chemin.

Lassé de regarder le temps filer, de voir les anciens vieillir tant bien que mal, et d’assister aux schémas classiques de certains jeunes qui perdent leur temps à l’ombre des tours, j’ai décidé d’agir. Tant de talents gâchés à qui il manquait juste ce petit coup de pouce. Ce fut un constat décisif pour un tournant professionnel majeur, l’entrée dans le monde du social. D’aide-éducateur à animateur et médiateur, mon parcours s’est étoffé de diplômes et d’expériences au cœur d’une « cité difficile » de la ville. J’y ai travaillé durant quinze années, aidant et accompagnant avec passion et dévouement les habitants. J’ai dû quitter le centre social en juillet 2017, date la fermeture définitive de la structure liée à L’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine). J’ai profondément été marqué par le départ des familles et la démolition de toute la cité. Un pan de notre histoire effacée d’un revers de décision politique.

De loisir occasionnel, la photographie s’est  imposée peu à peu dans mon rapport au monde. J’ai pris conscience de l’impact que cette pratique pouvait avoir dans un monde en perpétuelle mutation. J’ai décidé de faire de la photographie sociale, m’inspirant du courant humaniste. En octobre 2011, mon sempiternel appareil jetable faisait place à un Nikon D5000 et mon premier véritable cliché est né au cœur de la cité où je bossais. Conscient que la banlieue change car le « Grand Paris Express » fait naître de nouveaux enjeux économiques, j’ai entrepris un travail de mémoire photographique, immortalisant le plus objectivement possible, des instants de vie des habitants des quartiers de la ville qui m’a vu naître. Les scènes de la rue, je voulais en donner la force et la beauté, loin des représentations fantasmées et erronées qui hantent les stéréotypes. C’est comme cela que j’en ai tiré des séries de clichés où les êtres, et spécialement les enfants et les adolescents, ont une place prépondérante. 

Ce travail d’immersion photographique a débuté en 2012, donnant naissance à trois reportages axés sur le quotidien des jeunes issus de deux quartiers populaires à Créteil : EN BAS DES BLOCS, « UN ÉTÉ A LA CITÉ » et  » A L’OMBRE DES TOURS  » sont les titres que j’ai choisi pour les illustrer.

Mon univers photographique ne se limite pas aux Hommes et aux murs de la ville de Créteil. J’aime les animaux et particulièrement les chats errants, les quelques vieilles ruelles de Paris qui paraissent intemporelles et je voyage lorsque les finances me le permettent. Touché par les sans-abri et le parcours des réfugiés, j’aime être à leur contact. Mon engagement prend le pas sur le reste. Il n’est pas question de les prendre en photo sans un but précis. J’ai donc créé l’association « Un p’tit peu beaucoup » dont je suis membre actif et reverse 50% de chaque cliché les représentants, sous forme de dons alimentaires et de vêtements. 

Le 30 mai 2018, après un long travail d’écriture réalisé avec Elpidio Sitti, j’ai réalisé un rêve en parachevant mon premier livre photographique intitulé « Une aventure inattendue ». Cet ouvrage retrace en soixante-trois clichés mes cinq années de reportages photographiques dans la banlieue sud. Je vous y fait découvrir à travers une histoire et le regard d’un personnage fictif, qui se retrouve plongé dans l’univers des cités, l’atmosphère particulière qui y règne où s’entremêlent  la joie, la tristesse, la dureté et la tendresse. 

5% DE CHAQUE LIVRE VENDU EST REVERSÉ AUX SANS-ABRI PAR LE BIAIS DE L’ASSOCIATION « UN P’TIT PEU BEAUCOUP ».