Biographie

Linstable photographie

Créteil, c’est dans cette ville de la banlieue sud que Landon Jean-michel, connu sous le pseudo de « Linstable photographie » va faire son apprentissage de la vie. Débrouillard et rêveur à la fois, il slalome entre l’école, où il ne sent pas à sa place, et les bâtiments des différents quartiers de la ville qu’il connaît par cœur. Il confie sortir souvent la nuit en cachette pour rejoindre les quelques potes couches tard de la tour voisine avec qui il refait le monde.

Solitaire à ses heures, il aime arpenter les rues de la ville quand même les plus téméraires sont rentrés dormir.

Il finit par décrocher un bac littéraire pour faire honneur à ses parents car chez lui, « la famille est sacrée ». Après un an de fac de psycho, il arrête les études sur un coup de tête. Son père et sa mère ne badinent pas avec certains principes et il est hors de question que leur fils dorme quand ils partent travailler. Il enchaîne alors les petits boulots, s’attelant à la tâche sans la moindre saveur. 

Et le temps passe, les anciens vieillissent tant bien que mal, les petits grandissent vite, trop vite parfois. « Linstable » en voit perdre leur temps à l’ombre des murs de la cité; « Tant de talents gâchés à qui il manquait juste ce petit coup de pouce ». C’est un constat décisif pour un tournant professionnel majeur, l’entrée dans le monde du social. D’aide-éducateur à animateur et médiateur, son parcours s’étoffe de diplômes et d’expériences au cœur d’un quartier difficile de la ville. Il travaillera durant quinze années dans un centre social à aider avec passion et dévouement les habitants et restera jusqu’à la fermeture définitive de la structure.  Il confie souvent que le départ de toutes les familles et la démolition de la cité l’ont profondément marqué. 

De loisir occasionnel, la photographie s’impose peu à peu dans son rapport au monde. En octobre 2011, son sempiternel appareil jetable fait place à un Nikon D5000. Les scènes de la rue, il veut en donner la force et la beauté. Il s’attelle naturellement à photographier avec un regard objectif la vie des quartiers populaires, loin des représentations fantasmées et erronées qui hantent les stéréotypes. 

Son premier cliché naitra d’ailleurs au cœur de la cité où il exerçait son métier de travailleur social.

L’œil de « linstable » photographe semble en mouvement perpétuel ; Il n’aime pas les mises en scène, il saisit et capture, explore et dépasse les points de vue, fondant le réalisme des rues à la force éphémère d’un instant. Renouant avec la tradition du photographe déambulant, à tout moment du jour ou au cœur de la nuit, il parcourt inlassablement les rues de son adolescence mais cette fois ci avec un but précis.

La banlieue change, le « Grand Paris Express » fait naitre de nouveaux enjeux économiques. Les bâtiments des cités qui peuplent sa ville de cœur sont détruits pour laisser place à des logements neufs mais plus chers. Il s’attèle alors à faire un travail de mémoire. A immortaliser le plus objectivement possible, la vie dans ces blocs telle qu’elle existe encore aujourd’hui. Il les découvre sous un nouvel angle, les aime d’une façon différente. C’est comme cela qu’il en tire des séries de clichés où les êtres, et spécialement les enfants et les adolescents, ont une place prépondérante. 

Un travail d’immersion photographique débuté en 2012 donne naissance à trois reportages axés sur le quotidien des jeunes habitants de deux quartiers populaires  de la ville de Créteil : EN BAS DES BLOCS, « UN ÉTÉ A LA CITÉ » et  » A L’OMBRE DES TOURS (toujours en cours) sont les titres que l’on retiendra.

Grand frère des Cités à quarante ans, il transcende avec ironie les clichés et le mépris de l’exclusion, faisant naître de nouveaux gavroches à l’irrésistible gouaille.

Son univers photographique ne se limite pas aux murs de la ville de Créteil. Il aime Paris et ses vieilles ruelles, voyage dès que les finances s’y prêtent, offrant un regard à la fois émerveillé et révolté, aiguisé et caressant, qui se pose avec extrême justesse sur les plus démunis. Là encore, son engagement prend le pas sur le reste. Il n’est pas question de prendre en photo des sans-abri sans un but précis. Il devient  membre actif de l’association « Un p’tit peu beaucoup » et décide de leur reverser 50% de chaque cliché les représentants, sous forme de dons alimentaires et de vêtements. Êtres de tous âges, règne humain ou animal, fraternels ou esseulés, abandonnés du monde ou à l’amour, figés où capturés en un mouvement révélateur ; autant de figures enveloppées d’un œil tendre et complice.

Le 30 mai 2018, après un long travail d’écriture réalisé avec Elpidio Sitti, il donne naissance à un rêve qui lui était cher en parachevant son premier livre photographique intitulé « Une aventure inattendue ». Son ouvrage retrace en soixante-trois clichés ces cinq années de reportages photographiques. Il nous fait découvrir à travers une histoire et le regard d’un personnage fictif, qui se retrouve plongé dans l’univers des cités, l’atmosphère particulière qui y règne où s’entremêlent  la joie, la tristesse, la dureté et la tendresse. Artisan de ce labeur, il a sorti son livre en indépendant et en le finançant entièrement seul.

5% DE CHAQUE LIVRE VENDU EST REVERSÉ AUX SANS-ABRI PAR LE BIAIS DE L’ASSOCIATION « UN P’TIT PEU BEAUCOUP » dont il est membre actif.

 

Texte écrit par linstable photographie et Samantha J.